Le Congrès de l’Union Européenne de Yoga à Zinal est l’une des plus anciennes manifestations de ce type en Europe. Cette année, le 53ᵉ Congrès s’est emparé d’un thème passionnant et profondément actuel : les émotions dans le yoga, Bhāva et Rasa. Quel que soit notre âge ou notre positionnement dans le yoga — élève ou professeur —, cette question nous accompagne constamment.
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Les émotions nous mettent en mouvement
Les émotions imprègnent ce que nous pensons, ce que nous disons et ce que nous faisons. Elles peuvent nous traverser avec force, parfois jusqu’à nous submerger. Alors, comment cesser d’être emporté par nos émotions pour en faire une voie de connaissance et de liberté ? Le yoga nous invite à déplacer notre regard : l’émotion n’est pas le problème ; c’est l’identification à l’émotion qui nous emprisonne.
De Bhāva à Rasa : transformer l’émotion
Le yoga ne cherche pas à supprimer l’émotion. Il cherche à la transformer. Il distingue l’émotion brute, Bhāva, de sa saveur une fois goûtée sans identification : Rasa.
L’émotion n’est donc pas une faiblesse. Bhāva est la graine, la disposition intérieure par laquelle le yogin rencontre le monde. Rasa en est l’essence distillée : le nectar goûté lorsque l’expérience devient transparente au Soi.
Cette approche invite à ne plus considérer nos émotions comme des obstacles à combattre, mais comme des expériences à observer, à ressentir et à traverser, afin qu’elles puissent révéler quelque chose de plus profond.
Trois axes pour rencontrer nos émotions avec Driss Benzouine (FIDHY)
Parmi toutes les propositions des formateurs présents au Congrès, j’ai suivi chaque jour les enseignements de Driss Benzouine.
Son approche reposait sur trois axes concrets :
Ces trois attitudes — silence, attention et lâcher-prise — ouvrent un espace entre ce que nous ressentons et la manière dont nous y réagissons. C’est précisément dans cet espace que peut naître une forme de liberté.
Le centre du nombril : NABHI avec Isabelle Crozet (IFY)
J’ai également beaucoup apprécié les interventions d’Isabelle Crozet, qui a proposé des pratiques renforçant le centre du nombril, Nabhi. Cet ancrage dans la région abdominale offre un point d’appui stable au cœur du mouvement permanent des émotions. À partir de cette stabilité, il devient possible de reconnaître ce qui nous traverse sans immédiatement nous y identifier. Le corps devient alors un véritable support de l’observation : plutôt que de chercher à comprendre l’émotion uniquement avec le mental, nous pouvons apprendre à la ressentir, à l’accueillir et à percevoir ses mouvements.
Le Toumo Yoga : rencontrer le froid
Enfin, les pratiques en extérieur proposées par Anne Laurençon et Sylvie Schmitt, de l’Institut Maurice Daubard, m’ont permis de renouer avec le Toumo Yoga et ses expositions volontaires au froid, dans le cadre particulièrement inspirant de Zinal. Le froid constitue une expérience très directe : il nous ramène immédiatement au corps, au souffle et à nos réactions. Face à l’intensité du froid (7 à 8° lors de nos pratiques matinales à 7h), impossible de rester uniquement dans le mental. Il devient nécessaire d’observer ce qui se passe, de respirer, de trouver son ancrage et de ne pas se laisser entièrement emporter par les sensations. Une belle illustration, finalement, de ce que nous enseigne le travail sur les émotions : ressentir pleinement, sans se confondre avec ce que l’on ressent.
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De l’émotion à la liberté
Ce Congrès de Zinal m’a ainsi rappelé que le yoga ne nous demande pas de devenir des êtres sans émotions. Il nous invite plutôt à changer notre relation à ce qui nous traverse. L’émotion peut être une vague. Nous pouvons apprendre à la sentir, à l’observer et à la laisser passer, sans oublier que nous sommes aussi l’espace dans lequel cette vague apparaît. De Bhāva à Rasa, il y a peut-être ce chemin : passer de l’émotion vécue comme une force qui nous emporte à l’expérience pleinement goûtée, consciente et libre.
Et si nos émotions, plutôt que d’être des obstacles sur le chemin du yoga, devenaient finalement une porte d’entrée vers une connaissance plus profonde